Un loup dans la bergerie du Rassemblement?

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Orpheline d’Étienne Tshisekedi, la grande coalition des opposants au président Joseph Kabila doit faire face à sa première épreuve de force: les ambitions désormais affichées de son cadre Raphaël Katebe Katoto, frère de Moïse Katumbi, l’autre grande figure de la troupe. 

Son large sourire au front dégarni lui donne des allures de toutou. Mais en réalité, c’est fougueux homme d’affaires congolais n’en est pas un. Cet homme dont le nom en République démocratique du Congo est systématiquement  associé au mot « fortune » vient de dévoiler clairement ses ambitions: il veut devenir Premier ministre du futur gouvernement de transition. Problème, il fait partie de la coalition du Rassemblement des forces sociales et politiques acquises au changement, largement acquise à la cause de Félix-Antoine Tshisekedi, fils du leader historique de cette plateforme décédé le 1er février à Bruxelles, pour ce poste désormais convoité.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir la querelle qui se marmottait en coulisse chez les opposants faire finalement surface, à l’issue de la disparition d’Etienne Tshisekedi. Depuis fort longtemps, Raphaël Katebe Katoto traverse une situation quelque peu étrange au sein de cette coalition des opposants.  Bien avant même le décès du leader de cette plateforme, le demi-frère de Moïse Katumbi s’est fait remarquer avec une sortie peu habituelle sur les antennes de la radio Top Congo émettant à Kinshasa.


Raphaël Katebe Katoto à Bruxelles, 2016

Dans cette interview du 27 janvier, celui qui se présente alors comme le vice-président du Rassemblement affirme, contre la position officielle de la coalition, qu’il préfère qu’une liste de candidats Premier ministre soit donnée au président Joseph Kabila.

En effet, le Rassemblement s’oppose à la Majorité Présidentielle concernant la désignation du Premier ministre dans le cadre de l’arrangement particulier pour l’application de l’accord signé le 31 décembre dernier. Les opposants congolais aimeraient présenter un seul candidat, alors que le pouvoir leur en exige une liste d’au moins trois.

Le Rassemblement n’a pas tardé à dénoncer cette sortie de M. Katebe.  Au cours d’une conférence de presse tenue au siège du G7 le dimanche 29, le président de cette plateforme, Pierre Lumbi, également cadre du Rassemblement, a mis en garde Katebe Katoto pour ses « ambitions personnelles ». L’ancien conseiller spécial du président Kabila a dénoncé  ce qu’il qualifie « d’usurpation de fonction », affirmant que M. Katebe n’était aucunement vice-président du Rassemblement, un poste qu’occupait feu Charles Mwando Nsimba. « Après Étienne Tshisekedi, Charles  Mwando en sa qualité de président du G7, était la 2è personnalité du Rassemblement » a expliqué le président du MSR. Fin de discussions.

A la mort de Tshisekedi, la petite querelle n’allait finalement pas prendre fin. Dans un message publié sur son compte Facebook, Raphael Katebe Katoto décide de sécher les hommages rendus à Etienne Tshisekedi à Bruxelles où la quasi-totalité de l’opposition était pourtant présente.

« Si les allégations viennent des proches de la famille par correction et par justice qu’ils fassent une demande d’autopsie ainsi tout le monde sera fixé de la cause de la mort du président Etienne Tshisekedi et cela mettre fin aux très graves accusations. Mr Katebe constate que de personnes sans moralités utilisent, profitent  sans humanité de la mort du président Tshisekedi à leur fin politique. Vu le climat malsain Mr Katebe à son grand regret ne pourra être présent  auprès de son ami pour lui rendre un dernier hommage », dit-il dans son message. 

Des sources proches de l’opposition, Katebe Katoto serait accusé « d’avoir tué » Etienne Tshisekedi, en complicité avec le pouvoir. L’accès à la clinique Sainte Elisabeth à Bruxelles où était hospitalisé le leader de l’UDPS lui aurait même été refusé.

Le Rassemblement mis à l’épreuve

L’escalade a finalement atteint son point culminant lorsque ce riche homme d’affaires originaire de l’ex-Katanga a remis publiquement en cause la désignation attitrée de Félix Tshisekedi comme candidat du Rassemblement au poste du Premier ministre, dans le cadre de l’accord signé le 31 décembre dernier à Kinshasa. Augustin Kabuya, porte-parole de l’UDPS et conseiller en communication d’Etienne Tshisekedi l’a tout de suite recadré.

« Quand j’ai parlé avec le President Tshisekedi et je lui ai dit que je voulais aussi me porter candidat pour apporter ma contribution au pays il m’a dit ceci, c’est une bonne chose nous allons récolter les avis des uns, des autres et après nous allons tranché, mais ça m’aide beaucoup que vous vous portez candidat parce que il y a une candidature ici ou on me fait pression que je ne suis pas pour », a dit à TOP CONGO FM, Raphael Katebe Katoto (Katebe). Une version farouchement contrédite par l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et une large partie des opposants qui affirment que  le leader du Rassemblement décédé le 1er février à Bruxelles aurait confié le nom de son fils comme candidat à ce poste.

« La démarche de Katebe ternit son image vis-à-vis de l’opinion tant nationale qu’internationale. Il a une plateforme politique qui fonctionne au sein du Rassemblement. Toutes ces plateformes se sont prononcées en faveur de la candidature de Félix Tshisekedi. Si Katebe a un problème personnel avec Félix, l’UDPS prendra ça au sérieux et se prononcera d’un moment à l’autre. Katebe vaut ce que vaut son pouvoir financier. Sur le terrain, il ne représente rien. S’il veut qu’on aborde le problème sous cet angle là, nous sommes prêts au niveau de l’UDPS. Il ne représente rien du tout« , a  déclaré M. Kabuya, joint au téléphone par Politico.cd.

Le porte-parole de l’UDPS affirme qu’il passait « le plus clair de son temps avec son président Tshisekedi et sait de quoi il parle« . Pour lui, le silence de l’UDPS face aux déclarations, dans la presse étrangère de M. Katebe, « n’est pas un signe de faiblesse. »

« Je vous confirme qu’Etienne Tshisekedi avait donné le nom de Félix non parce qu’il est son père mais parce que toutes les plateformes du Rassemblement avaient décidé que Félix  [Tshisekedi] occupe la Primature, ce poste revient à l’UDPS« , poursuit-il.

A en croire les propos d’Augutin Kabuya, Katebe Katoto pense, « qu’en créant une confusion, il serait nommé quelque part par Joseph Kabila« , « mieux il ne se bat pas pour ce poste, il se bat pour ses moutons noirs qu’il avait déjà achetés au sein de l’UDPS. Il lutte pour que ses poulains, à lui, occupent ce poste« .

Par ailleurs, le Porte-parole de l’UDPS estime que cette sortie du demi-frère de Moïse Katumbi n’implique pas l’ex-gouverneur du Katanga, rappelant l’épisode biblique entre Caïn et Abel.

« Il ne faut pas faire la confusion entre Moïse Katumbi et Katebe Katoto. Celui qui avait tué Abel dans la bible, c’était son frère. Caïn et Abel étaient frères. Quand Katebe dit ça, ce n’est pas avec la bénédiction de Moïse Katumbi qui continue à soutenir notre position. Le G7 appartient à Moïse et a fait une déclaration soutenant notre démarche« , dit-il.

Katebe Katoto, le trouble-fête

En effet, cette nouvelle polémique au sein du Rassemblement met mal à l’aise Moïse Katumbi, co-confondateur avec Tshisekedi de ce mouvement l’année dernière à Bruxelles, et qui n’est autre que le petit frère de l’homme d’affaires congolais. Pour l’heure, les violons semblent toutefois s’accorder pour dire que Ralphaël Katebe agit sans l’implication de son frère.  Au même moment, des cadres de ce mouvement composé des structures indépendantes comme le G7, l’UDPS et Alliés, la Dynamique de l’opposition et l’Alternance pour la République (AR), montent au créneau pour dénoncer la sortie de Katebe Katoto.

« Le Rassemblement est actuellement constitué de trois blocs dont l’UDPS et Alliés, la dynamique de l’opposition et le pôle G7 et AR. Toutes ces plateformes ont opté pour que le premier ministre vienne de l’UDPS« , a déclaré Vuemba précisant toutefois que si Raphaël Katebe Katoto est tenté par la Primature, il peut présenter sa candidature au comité de sages du Rassemblement pour appréciation, estimant que la candidature de Félix Tshisekedi au poste de premier ministre a un soutien d’au moins 90% de composantes du Rassemblement.

« Quant à cette candidature, est-ce qu’elle pourra être acceptée? Je pense qu’il y a plusieurs préalables qui ne seront pas remplis par Katebe. Puisque la Constitution impose la géopolitique. Kabila, le président de la République étant Katangais [l’ex-province du Katanga], le Premier ministre un autre Katangais, cela risque de ne pas être accepté. Donc sa candidature sera d’office rejetée« , a de son côté expliqué le député  Francis Kalombo, membre du Rassemblement et proche de l’opposant Moïse Katumbi, joint au téléphone par POLITICO.CD.

Pour lui, cette sortie de Raphaël Katebe, également demi-frère de Moïse Katumbi, est certes démocratique, mais devra être « réglée » par l’Alliance pour la République (AR), une composante du Rassemblement à laquelle M. Katebe appartient.

La réaction n’a pas tardé du côté de l’AR où l’annonce de la suspension de Katebe Katoto est intervenu vendredi après-midi.  «Nous avons pris la décision de la suspension du président Raphael Katebe Katoto à cause de ses déclarations répétées allant dans le sens contraire de la plate-forme et du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement», a déclaré le secrétaire exécutif  de cette platefome, Jean- Bertrand Ewanga.

L’affaire n’est pourtant pas réglée. Dans la foulée de cette décision, Raphaël Katebe Katobo a annoncé son retour prochainement à Kinshasa pour « se défendre ». Une résolution qui laisse présager une nouvelle crise à venir au sein de cette coalition des opposants.

Par ailleurs, le sulfureux homme d’affaires congolais n’est pas à ses premiers remous au sein de la classe politique congolaise. En 2008, les Nations Unies elles-mêmes l’ont accusé de soutenir financièrement la rébellion rwandaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dirigée alors par Laurent Nkunda.

Anciennement nommé « Raphaël Soriano », Katebe Katoto a également été poursuivi par la justice britannique pour détournement de fonds publics, accusé d’avoir participé à la disparition de millions de dollars de l’Etat zambien.

De nationalité belge, le frère de Katumbi fut brièvement vice-président en 2003 du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD, rébellion soutenue par le Rwanda) avant de s’établir à Bruges en Belgique.

By POLITICO.CD

Antoine Mankumbani

Antoine Mankumbani

Rédacteur / Animateur radio

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